Femme épuisante

Choisir un média d’information m’est de plus en plus difficile, j’essaie d’abord de fuir la publicité qui chaque jour gagne du terrain. J’ai une préférence nette pour la radio, à la télé seule ARTE trouve grâce à mes yeux, infos, films, magazines, documentaires sont toujours au dessus du lot.

Pour la radio donc je me résigne à écouter France Inter en me lamentant tous les matins, constatant l’inexorable déclin de cette station dont j’ai pourtant longtemps vanté la pertinence et la liberté de penser.

Je voudrais ici évoquer le travail des journalistes politiques, et précisément l’exercice de l’interview, exercice dont raffole la cible de cet article, Léa Salamé. Mais rassurez-vous, ce que je lui reproche vaut pour majorité de ses collègues.

Tout d’abord ce qui m’apparait flagrant c’est la place grandissante du journaliste dans l’interview, il ou elle est devenu(e) le personnage principal de l’histoire.

Le journaliste se pose en représentant des français, qu’il appellera « les gens » et parlera en leur nom. Les questions posées seront le reflet exact des préoccupations « des gens », leur légitimité ne fera pas l’ombre d’un doute et l’invité sera sommé d’y répondre. Pour que ce soit bien clair, la réponse est déjà fortement suggérée dans la question, histoire de bien circonscrire le client dans le périmètre choisi. Notre vaillante intervieweuse de choc s’en est fait une spécialité, tous médias confondus. En voici un bel exemple dont elle s’est illustrée face à Emmanuel Macron, excusez du peu, lors de la matinale du 14 novembre dernier sur France Inter :

« Quel message vous leur avez transmis, qu’est-ce que vous leur avez dit, à ces femmes iraniennes, ces quatre combattantes que vous avez reçues, que la France est à leurs cotés ? « 

Elle n’a pas pu s’en empêcher, malgré la stature de son interlocuteur, de glisser cette petite suggestion en bout de phrase. Comme s’il s’agissait de montrer en permanence qu’on connait son sujet, qu’on ne va pas nous la « faire à l’envers » et que l’interviewé ne va pas nous apprendre grand chose.

Alors quand c’est Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella ou Philippe Martinez qui sont sur le grill on s’en donne à cœur joie ! On coupe la parole à tout bout de champ, sans aucune vergogne. Pensez-vous, « les gens » veulent des réponses, n’essayez pas de les embrouiller avec vos grands discours ! Au fait ! Avouez ce qu’on vous reproche ! Par contre quand c’est le tour de Carlos Ghosn, on peut être tout miel…

Pour conclure, la somme de tous ces ingrédients, le choix des sujets, l’agressivité calculée, l’ambiance de corrida ou l’excès de pommade parfois, ça ne sert qu’un but : faire le buzz !

Et plus désespérant encore, c’est la télévision. Les émissions politiques sont devenues des arènes, sinon des tribunaux. Panels « représentatifs », chat en direct, fact checkers, spécialistes en tous genres, le spectacle peu commencer !

1 Comment

  1. Le constat et le diagnostic sont clairs mon ami, je les approuve. Je te propose un remède de cheval: changer de fréquence de radio comme tu le fais pour Arte. Il y a bien sûr Alliance Plus, mais aussi France Culture et sans doute d’autres que je ne connais pas. Parfois sur ces fréquences, les journalistes se taisent et laissent parler l’invité; un miracle ! Tout n’y sera pas rose, mais la vie n’est pas cirrhose.

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