« Les charlatans vont-ils nous ruiner ? » « Les charlatans contre l’Europe »… Après les résultats des élections italiennes, les médias libéraux s’en donnent à cœur joie. Ils n’ont que l’embarras du choix : Italie, Grèce, Hongrie, Espagne, Pologne, Hollande, Tchéquie, Allemagne et même la France sont au bord du gouffre, prêts à succomber aux sirènes du populisme ! Des économistes patentés, des politologues et même des philosophes (!) montent au créneau pour alerter les populations du danger imminent.
Ce n’est pas faute de nous avoir prévenus ! Depuis les premières percées électorales du Front National les partis de gouvernement n’ont eu de cesse d’agiter l’épouvantail du populisme. Grosso modo le discours se résume à ceci : « ces gens vous font des promesses intenables, vous donnent en pâture des boucs émissaires responsables de tous vos malheurs (la finance, les impôts, les immigrés, les riches, les juifs, et j’en passe…), bref ils réveillent en vous des sentiments de haine et de violence incompatibles avec la démocratie que nous construisons jour après jour à la sueur de notre front… »
Malheureusement, malgré les mises en garde de nos chers dirigeants, se sont développés partout en Europe de nombreux mouvements anti-système, de droite, de gauche, qu’il conviendra de qualifier d’extrêmes, pour bien signifier que leurs propositions ne sont pas recommandables : sinon irréalistes elles sont dangereuses pour le pays, qu’elles mèneraient sûrement à leur perte.
On est en droit de se demander pourquoi et comment tous ces gouvernements qui se succèdent depuis la seconde guerre mondiale, ou tout du moins depuis le début de la 5ème république, n’ont pas su endiguer ces vagues de démagogie éhontée. Comment n’ont-ils pu ne pas trouver la pédagogie adéquate pour écarter les électeurs de ces tentations illusoires ? Je vous le demande ! Alors qu’ils avaient en main tous les outils politiques, économiques et médiatiques pour informer, réformer, fixer et montrer les objectifs.
Donc on voudrait nous faire croire que toutes ces années n’ont servi à rien, que le peuple est décidément trop abruti et inculte pour voir où est son intérêt autrement qu’à très court terme, qu’il est prêt à suivre aveuglément celui qui peste et vocifère plus fort que les autres.

Ou bien…
Le charlatanisme ne serait-il pas le fondement de toute stratégie politique ? Une technique particulièrement éprouvée pour accéder au pouvoir et, surtout, pour s’y maintenir ? Rendons à César ce qui lui appartient : Le charlatanisme a d’abord été l’apanage des puissants. Bien avant l’arrivée des régimes dits démocratiques, où les élections peuvent et doivent sanctionner les promesses non tenues, il a servi à asseoir les institutions, les légitimités.
Les premières à en faire usage ont été les religions, dont le capital millénaire en font actuellement les championnes hors catégorie, leur permettant de disqualifier sans peine la moindre secte ou autre Témoin de je ne sais quoi.
Ensuite vinrent naturellement les monarques de droit divin, bien avisés de se glisser dans l’imposture…
Après il a fallu inventer mille subterfuges pour consolider l’ancrage de la légitimité. Cette technique de la disqualification s’est diversifiée : on en a fait bon usage dans la médecine officielle qui s’est érigée en Ordre, bien protégée par ses mandarins. Puis l’éducation, l’économie…
Aussi les partis « de gouvernement » s’en sont servi pour s’affaiblir l’un l’autre en laissant croitre l’extrême droite juste ce qu’il faut pour s’assurer des victoires électorales. Cela a si bien marché que le Front National s’est retrouvé en place du challenger, et les démocrates ont poussé les hauts cris. Et aujourd’hui l’Europe, pourtant gardienne des grands équilibres, voit ses épouvantails grignoter inexorablement ses plates bandes, jusqu’à obtenir ci et là des majorités, là où les partis traditionnels peinent à proposer un avenir plausible à leur peuple désenchanté. Cette Europe qui a du mal à admettre que les plus forts dans la discipline sont Poutine et Trump. Mais ils jouent dans une autre catégorie !
Ce qui est bien pratique, c’est que cette diabolisation permet de mettre beaucoup de monde dans le même sac. C’est bien connu, les extrêmes, à force de s’extrémiser, se retrouvent, de l’autre côté du cercle, du côté obscur de l’hémicycle ! Les élections italiennes est une aubaine et leur donnent raison ; en schématisant à gros traits on justifie n’importe quoi, donc en France Jean-Luc Mélenchon est prêt à gouverner avec Marine Le Pen !
Depuis 40 ans on a en fait habitué les gens à des mauvaises nouvelles, des mauvaises prédictions, une mauvaise conjoncture. Qu’il faut faire des efforts, que les bénéfices viendront plus tard, que tout ce qui nous tombe dessus est une fatalité, un peu comme la météo. L’économie s’est calquée sur la mystique catholique, une vie dure, de sueur et de labeur pour à l’horizon un hypothétique paradis.
Et donc tous ceux qui promettent une amélioration, des jours meilleurs, une autre façon de faire, une autre philosophie de la vie seraient des escrocs, des imposteurs, qui profiteraient de notre soi-disant crédulité, de notre soi-disant incompétence… Voir https://lafievreutile.com/la-confiscation-de-la-technologie/.
Parce qu’au fond, les objectifs affichés sont les mêmes : moins d’injustice, de violence, plus de sécurité, de confort, de convivialité, de culture, d’amour, mais… faut pas être pressé !
Comment on dit déjà ? La carotte et le… et le bâton !

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