Après l’émotion, voici venu le temps des questions.
Des questions que tous les français se posent.
Est-ce qu’Emmanuel Macron prononcera un discours à l’enterrement de Jacques Higelin ?
A l’intérieur ou à l’extérieur de l’église ?
Est-ce que Jacques Higelin a déshérité ses enfants ?
Pendant la cérémonie ceux-ci seront-ils placés à droite ou à gauche de son ex-femme ?
Combien y-a-t-il en circulation de t-shirts et de chemises non lavés de Jacques Higelin ?
Sont-ils en vente sur eBay ?
Est-ce que le Père Lachaise sera sécurisé ?
Trêve de plaisanteries, la disparition de J. Higelin m’inspire quelques réflexions sur le rapport du public avec les artistes, les stratégies de l’industrie culturelle et le rôle des médias dans ce domaine.
Je pense que malgré les majuscules qui ornent le monde de l’Art, malgré toute la noblesse qui nimbe ces disciplines, où le désintéressement, le don de soi et la ferveur créatrice font loi, le management artistique s’est tranquillement aligné sur celui du commerce libéral : concentration, hiérarchisation, business-plan et parts de marché.
Qui peut le plus… peut le plus.
A tous les invités interviewés dans les émissions télé ou radio, on pose les mêmes questions : « Qu’est-ce qui vous a le plus… ? Quel est le plus… ? Qui vous a le plus… ? Votre plus grand… ? Le livre que vous emmèneriez sur une île déserte… ?
A chacun il est demandé de corroborer cet angle de vue. Aller à l’essentiel, au principal.
Quand on sait que tout ce qui est excessif est insignifiant !
Il est entendu qu’il doit y avoir des « immenses artistes », comme il y a des marques « prestigieuses », des sportifs qui sont « les meilleurs de leur catégorie », des entreprises « qui dominent le marché ». Il est fortement question de se définir par sa position sur une échelle qualitative, ou quantitative, peu importe.
Il faut à tout prix hiérarchiser l’admiration, les souvenirs, les influences, les priorités. Le parallèle avec la notoriété est facile à faire… Et plus concrètement avec le nombre de vues, de clics, de « j’aime », de partages et… de ventes.
Cette concentration, et de fait, cet appauvrissement, se fait, pour l’instant, au bénéfice du système qui le génère.
Comme il a été « nécessaire » que les entreprises fusionnent pour éviter la faillite, le monde culturel s’est engagé sur la même voie : organes de presse, chaines de télé, maisons de disques, puis plus récemment les flux de diffusions internet (Youtube, Facebook) deviennent des empires aux ramifications insoupçonnables.
Il a été facile de convaincre le spectateur… La mode, le « mainstream », tous ensemble, tous ensemble ! Communier dans cette grande messe, à l’instar du sport : rappelons-nous cette folie de la coupe du monde 98 où nous avons cru que nous n’étions plus racistes !
Et Dieu dans tout ça ?
Doit-on y voir les conséquences de la faillite de la religion ? On a tant reproché aux fidèles d’avaler des couleuvres en écoutant, béats, leur curé ou leur pasteur, on a constaté la bêtise soudaine des supporters entassés dans un stade, je dénonce ici les comportements grégaires que provoquent les concerts géants chez les spectateurs et la démagogie chez ceux qu’ils écoutent et regardent.
N’y aurait-il pas d’autre moyen de combattre la solitude ? On pourra aisément étendre ce constat au succès des réseaux sociaux, ou le besoin de s’associer à n’importe qui n’a d’égal que la capacité d’agresser.
La musique à deux vitesses
Les salles de spectacle ont emboité le pas à cette démesure. Des Zéniths, des Arenas, des Bercy… alors que les petites salles ferment une à une, à coup de normes de sécurité, de plaintes pour tapage nocturne et baisses des aides au fonctionnement.
Aujourd’hui les musiciens jouent dans les bars, au même salaire qu’il y a 50 ans (en francs constants…), et au black s’il vous plait. Le grand retour des troubadours !
Je pense qu’il est plus rentable de vendre 100 disques (ou 100 places) de Johnny Halliday que 1 disque (ou 1 place) de 100 chanteurs, si méritants fussent-ils.
Les festivals qui au départ étaient dédiés à révéler les « jeunes pousses » sont aujourd’hui condamnés à grossir sans cesse pour survivre, à coup de vedettes et moult sponsors. Il faut faire le plein sous peine de boire la tasse, et assurer le remplissage avec des artistes « bankables ».
« C’est la politique en paillettes, tu vois, et les paillettes c’est fait pour aveugler les gens ! ». J. Higelin
Chacun son truc
Pour ma part il est clair que je n’échangerai pas un baril de Jacques Higelin contre deux ou trois ou quatre de Johnny Halliday. (Merci à Coluche pour la métaphore lessivière, quand on sait que le marché se partage en 3 marques ! )
De même pour Barbara, Nougaro, Bashung, Ferré, Brel, Brassens, Piaf, Reggiani, Dalida, Salvador, Moustaki, Mouloudji, Ferrat, Gréco, Gainsbourg, Magny, Montand, Trenet, Moreau… à l’enterrement desquels je ne suis pas allé. (Vous voudrez bien m’excuser pour ce non respect de la parité).
Et je ne parle pas des chanteuses et chanteurs vivants qu’il serait de bon ton d’honorer et surtout d’écouter avant qu’il ne soit trop tard !
Le jour de sa mort, j’entendais un critique musical (à moins qu’il ne s’agisse d’un spécialiste de la musique ?) dire de Jacques Higelin : « C’était un révolté. Il était contre tous ceux qui étaient pour , et pour tous ceux qui étaient contre ! « .
Décidément ces artistes, ce ne sont pas des gens comme nous !
Higelin reste le seul amoureux…qui ait fait des copies de ses lettres d’amour (?)
… et la différence entre le rock et le jazz?
– Le rock, c’est 3 accords et 3000 personnes dans la salle.
– Le jazz, 3000 accords et 3 personnes dans la salle.
C’est pas faux… j’essaie de n’y voir aucun jugement de valeur… à en juger par le nombre d’histoires drôles qui circulent des deux côtés, il est clair que la hache de guerre est loin d’être enterrée !